Portrait du Professeur Theesan Bahorun, directeur exécutif du Mauritius Research and Innovation Council (MRIC)
03.02.2026
Élu meilleur scientifique mauricien en 2013, puis élevé en 2015 au rang de « Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (G.O.S.K.) » par la Présidente de la République de Maurice, sur recommandation du Premier ministre — l’une des plus hautes distinctions nationales récompensant une contribution remarquable à la recherche et à l’enseignement supérieur — Theesan Bahorun a effectué l’essentiel de son parcours universitaire à l’Université de Lille. Il nous en partage aujourd’hui les grandes étapes.
De Lille à la stratégie nationale de l’innovation mauricienne
Originaire de l’Île Maurice, Theesan Bahorun a construit l’intégralité de son parcours universitaire en France, avec un fil conducteur clair : l’excellence scientifique au service du développement. Après un DEUG B, une Licence de Biochimie et une Maîtrise en Biochimie alimentaire à l’Université de Lille en 1989, il poursuit un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) à l’Université de Technologie de Compiègne avant de revenir à Lille pour y soutenir, en 1995, son doctorat en Sciences de la Vie et de la Santé, spécialité Biotechnologies Végétales, portant sur les polyphénols de Crataegus monogyna et leurs activités antioxydantes, distingué par la mention Très Honorable et les félicitations du Jury.
Depuis 2020, il est le Directeur exécutif du Mauritius Research and Innovation Council (MRIC), organisme national chargé de piloter, financer et promouvoir la recherche, l’innovation et le développement technologique à l’Île Maurice, sous l’égide du Ministère de l’Éducation Tertiaire, de la Recherche et la Science.
À ce poste, il supervise la mise en œuvre des politiques publiques en matière de recherche et d’innovation, la gestion de programmes de financement compétitifs, le développement de partenariats entre le monde académique, les entreprises et le gouvernement, ainsi que la coordination de projets stratégiques nationaux. Sur le plan international, le MRIC représente Maurice dans divers forums scientifiques et technologiques, favorise les collaborations avec des institutions de recherche étrangères et contribue à positionner le pays dans les réseaux mondiaux de l’innovation. À travers ces missions, le MRIC joue un rôle essentiel pour renforcer les capacités scientifiques de Maurice, soutenir la transformation de son économie et favoriser l’émergence de solutions innovantes au service du développement national.
Ce poste lui permet de mobiliser l’ensemble de son parcours—académique, scientifique, institutionnel et stratégique —pour façonner des politiques publiques, soutenir des projets ayant un véritable potentiel transformateur et renforcer les capacités nationales dans des domaines émergents. Il apprécie particulièrement la dimension multidisciplinaire du MRIC, qui lui permet de travailler à l’interface entre le monde académique, l’industrie, les institutions publiques et les partenaires internationaux. C’est également un privilège de contribuer au développement d’écosystèmes innovants, d’accompagner des chercheurs et des entrepreneurs talentueux, et de positionner Maurice dans les réseaux scientifiques régionaux et globaux. Le fait d’avoir servi comme Président de plusieurs organisations universitaires et instituts de recherche, ainsi que dans divers conseils d’administration, enrichit sa capacité à comprendre les enjeux nationaux et à bâtir des ponts entre recherche, formation, développement économique et innovation.
Un parcours exemplaire
Son parcours l’a progressivement préparé à ces responsabilités. Il débute sa carrière en 1995 comme Secrétaire Général/Directeur de l’Association des Producteurs et Exportateurs de produits horticoles de Maurice (APEXHOM), avant d’entrer à l’Université de Maurice où il évolue de “Lecturer” (1996–2000) à “Senior Lecturer” (2001–2003), puis “Associate Professor” (2004–2007). Il est ensuite nommé Professeur – “Chair in Applied Biochemistry” dès 2008, tout en assumant des fonctions nationales de premier plan, notamment en tant que “National Research Chair” et “National Research and Innovation Chair” en Biochimie Appliquée (2012–2018). Il dirige également le Centre d’Excellence ANDI pour la Recherche Biomédicale et les Biomatériaux entre 2017 et 2019, contribuant au développement des capacités scientifiques du pays.
Parallèlement à ses fonctions universitaires, il occupe plusieurs postes de gouvernance majeurs dans le paysage de la recherche et de l’éducation à Maurice : Président du Conseil d’Administration du Food and Agricultural Research Council, Président du Board of Governors de la University of Technology, Mauritius, ainsi que Président fondateur du “Board of Directors” de Polytechnics Mauritius, participant activement à la structuration de l’enseignement supérieur et à la mise en place de nouvelles institutions. En outre, il a aussi siégé aux conseils d’administration de nombreuses organisations nationales.
Sur le plan scientifique et professionnel, il occupe la fonction de Président de la Society for Free Radical Research Africa (SFRR-Africa) et a servi en tant que Vice-Président de l’International Association of Medical and Biomedical Researchers (IAMBR), témoignage d’un engagement continu dans les réseaux de recherche régionaux et mondiaux.
Ce parcours combinant expertise scientifique, leadership académique, gouvernance institutionnelle et vision stratégique l’a conduit naturellement vers ses fonctions actuelles au MRIC, où il contribue à façonner l’avenir de la recherche et de l’innovation à Maurice.
Une vocation scientifique forgée à Lille
Son choix d’étudier en France s’explique par un ensemble de facteurs personnels, académiques et contextuels : à l’époque, l’offre universitaire mauricienne dans le domaine des sciences, de la biochimie et des biotechnologies restait limitée. Pour Theesan, c’était un véritable honneur de pouvoir poursuivre des études supérieures en France, un pays reconnu pour l’excellence de son enseignement supérieur et la rigueur de ses formations scientifiques et d’être au contact d’équipes de recherche internationalement reconnues.
Choisir l’Université de Lille s’est imposé pour plusieurs raisons : d’une part, la qualité académique et la réputation scientifique de cette institution, notamment dans les sciences de la vie, la biochimie et les biotechnologies. D’autre part, la proximité géographique avec l’Angleterre, où il avait de la famille, ce qui a facilité son intégration et lui a offert un soutien moral important à un moment clé de son parcours.
En arrivant en France, Theesan avait naturellement des attentes, mais aussi des appréhensions liées au changement de pays, de culture et de système universitaire. Conscient qu’il intégrait un environnement totalement nouveau, avec une façon de vivre, d’étudier et d’interagir différente de celle qu’il avait connue à Maurice, il lui a fallu un temps d’adaptation, notamment pour s’habituer à l’usage exclusif du français dans l’enseignement, quand toute sa scolarité primaire et secondaire s’était faite en anglais. Cependant, étant supposés être bilingue, cette transition ne s’est pas révélée insurmontable ; au contraire, elle a renforcé sa capacité à naviguer entre deux langues et deux cultures académiques.
Petit à petit, il commence à apprécier pleinement la richesse et la rigueur de l’enseignement supérieur en France, ainsi que l’environnement stimulant des universités lilloises. Il y découvre un véritable écosystème scientifique, un niveau d’encadrement élevé et une ouverture intellectuelle qui correspondaient parfaitement à ses attentes — voire davatange. Ce qui l’a particulièrement marqué ? La qualité des échanges avec les enseignants-chercheurs, l’accès à des laboratoires bien équipés et le dynamisme de la vie universitaire.
Sur le plan personnel, cette immersion lui a permis de s’épanouir rapidement. Il y rencontre des étudiants venant d’horizons variés, et se fait beaucoup d’amis à la faculté, ce qui facilite son intégration et rend son expérience à la fois enrichissante et mémorable. Avec le recul, il reconnait que ses attentes initiales — découvrir un enseignement de haut niveau, s’ouvrir à un autre contexte socio culturel, et évoluer dans un environnement scientifique avancé — ont non seulement été comblées, mais véritablement dépassées.
Une expérience académique fructueuse
Le parcours académique de Theesan à l’Université de Lille lui a permis d’acquérir des compétences scientifiques solides en biochimie, sciences des aliments et biotechnologies végétales, ainsi qu’une méthodologie de recherche particulièrement rigoureuse développée lors de son DEA et de son doctorat. Il y a notamment consolidé sa maîtrise des techniques analytiques, de la conduite expérimentale et de l’interprétation des résultats. Ses années de thèse ont également renforcé ses compétences en communication scientifique, à travers des présentations lors de séminaires et de conférences, ainsi que ses premières expériences d’enseignement, qui ont consolidé ses compétences pédagogiques et sa capacité à transmettre des connaissances de manière claire et structurée. C’est d’ailleurs durant cette période qu’il publie ses premiers articles dans des journaux scientifiques à comité de lecture.
Les années de doctorat constituent pour lui une étape déterminante. Passionné par la recherche en biotechnologies végétales, il bénéficie d’un encadrement scientifique exigeant, des anciennement universités de Lille 1 et 2, dont le laboratoire de pharmacognosie, ce qui a élargi ses perspectives scientifiques. Menée sans financement institutionnel, cette période intense l’amène à concilier recherche, enseignement et activités professionnelles, renforçant sa persévérance, résilience et sa discipline.
Parmi les personnes dont il garde un souvenir particulièrement marquant, il cite ses directeurs de thèse : le Professeur Francis Trotin pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa rigueur scientifique. « Un homme d’une grande simplicité, doté d’une intégrité et d’une humanité rares. » Au-delà de ses conseils académiques et de son encadrement scientifique, il appréciait surtout sa manière humble et authentique d’être, et demeure, pour Theesan, un exemple à suivre. Il se rappelle également du Professeur Jacques Vasseur, qui l’a accueilli au sein de son laboratoire de Physiologie Cellulaire et Morphogenese Végétale.
Au-delà des compétences scientifiques avancées acquises, cette formation à l’Université de Lille a structuré sa manière d’aborder la recherche, le management scientifique et la conduite de projets. De ses années de thèse, il retire une méthode de travail exigeante, une forte capacité d’analyse et une autonomie qui ont joué un rôle déterminant dans son évolution professionnelle.
Les environnements universitaires de Lille 1 et Lille 2, avec leurs approches complémentaires, ont enrichi sa vision scientifique et l’ont exposé à des standards internationaux qui ont influencé sa façon actuelle de concevoir la recherche et d’encadrer les équipes. Les nombreuses présentations scientifiques et les premières expériences d’enseignement ont également renforcé sa confiance à l’oral, sa pédagogie et sa capacité à vulgariser des sujets complexes.
En somme, cette formation lui a donné plus que des connaissances : elle lui a transmis une méthode, une résilience et une ouverture intellectuelle qui ont profondément orienté son évolution professionnelle et continuent aujourd’hui d’alimenter son engagement pour la recherche et l’innovation à Maurice.
Lille, laboratoire d’une ouverture culturelle
Son intégration à la vie universitaire s’est faite progressivement, mais de manière naturelle. Il a d’abord dû s’adapter au fonctionnement de l’université française, au rythme académique et à l’usage du français dans les cours et le jargon scientifique. Un véritable exercice d’immersion, grandement facilitée par les nombreuses heures passées dans la bibliothèque universitaire, devenue l’un de ses principaux lieux de travail et d’apprentissage.
Sur le plan humain, l’accueil chaleureux et bienveillant des étudiants et du personnel universitaire lui a également permis de bien s’intégrer, de se faire des amis rapidement. Il garde un souvenir marquant de la convivialité des habitants du Nord et de la facilité avec laquelle il a pu tisser des liens.
Au-delà du cadre académique, son séjour à Lille fut aussi une véritable découverte culturelle et humaine. Il explore la gastronomie locale - les spécialités régionales, les fromages – et même le couscous royal dans certains restaurants, mais aussi les repas des restaurants universitaires — parfois bons… parfois beaucoup moins ! Ce fut aussi l’occasion de parcourir la région et de découvrir la richesse culturelle du Nord de la France à travers les visites de villes comme Arras, Douai, Amiens ou encore la Côte d’Opale. La proximité de la Belgique et des Pays-Bas lui ont permis d’élargir son expérience européenne et de goûter aux moules-frites, aux fameuses bières belges et du Nord, et autres spécialités locales qui complétaient cette immersion culturelle. Parmi ses souvenirs les plus marquants figurent les week-ends passés chez des amis français à la campagne, où il découvre la convivialité et le sens de l’hospitalité propres à la région. Ces moments partagés ont été essentiels à son intégration et figurent parmi les expériences les plus enrichissantes de son séjour.
Autre découverte : le métro autonome de Lille, une découverte technologique qui l’a particulièrement marqué à l’époque.
Malgré un emploi du temps académique particulièrement exigeant, il participe aussi à certaines activités étudiantes, notamment au sein d’une équipe de football universitaire. Le sport – football, squash, tennis ou natation – constitue pour lui un espace de détente et de sociabilité. Fidèle supporter du LOSC, il reste encore aujourd’hui attaché à l’équipe de foot de Lille. La vie en résidence universitaire joue également un rôle clé dans son intégration, grâce à un réseau d’étudiants dynamique et multiculturel qui organise régulièrement rencontres et activités. Cette immersion, à la fois académique, culturelle et humaine, restera pour lui une expérience particulièrement enrichissante.
Trois mots pour résumer son expérience à l’Université et à Lille ? Excitante– Dynamique – Enrichissante.
Un tremplin déterminant
Sa formation en France a été un véritable levier pour sa carrière, car elle lui a donné une base scientifique solide, une méthodologie de travail rigoureuse et une capacité d’autonomie qui ont contribué à son évolution professionnelle. Les années de thèse, ont renforcé sa résilience et sa capacité à mener des projets ambitieux. L’exposition à des environnements universitaires exigeants, combinée aux premières expériences d’enseignement et de communication scientifique, a structuré ses compétences en pédagogie, en analyse et en leadership.
Leadership qu’il d’ailleurs développé progressivement grâce à l’ensemble des responsabilités scientifiques et académiques assumées au fil des années. Sa formation en France a joué un rôle essentiel : elle lui a donné une base solide pour évoluer positivement en tant que chercheur, jusqu’à atteindre aujourd’hui près de 300 publications et communications, ce qui a renforcé sa légitimité et sa capacité à orienter des travaux d’envergure. Elle lui a également permis de diriger un laboratoire structuré selon le modèle français, fondé sur la rigueur, l’organisation et l’exigence scientifique. Dans ce cadre, il a eu l’occasion de former 19 doctorants ces dernières années, un exercice qui lui a beaucoup appris sur l’accompagnement, l’écoute et l’encadrement d’équipes de recherche.
À cela se sont ajoutées des responsabilités grandissantes dans l’université, dans des centres de recherche, puis dans des instances nationales et internationales de gouvernance, qui ont renforcé sa vision stratégique, son sens de la décision et sa capacité à fédérer. Ainsi, son leadership est né d’un mélange d’expérience scientifique, d’engagement institutionnel, d’exigence personnelle et d’une volonté constante de faire progresser les équipes et la recherche au service du pays.
Il garde aujourd’hui encore des liens avec l’Université et avec certains camarades de promotion, mais après tant d’années, les échanges sont naturellement devenus plus rares. Cela reste néanmoins un lien affectif important, car ces années d’études ont marqué une période essentielle de sa vie, tant sur le plan académique qu’humain. Il échange d’ailleurs régulièrement avec le nouveau directeur de son ancien laboratoire de recherche (laboratoire de Physiologie Cellulaire et Morphogenese Végétale), le Professeur Jean Louis Hilbert.
Transmission et engagement
À l’approche de la retraite, il reste pleinement actif scientifiquement : rédaction de publications, encadrement de plusieurs doctorants... Il compte bien rester actif même après la retraite, car « la recherche fait partie intégrante de ma vie et de mon identité professionnelle. »
Il se dit également disposé à accompagner des étudiants internationaux via du mentorat, des conseils sur leur parcours académique ou des actions au sein du réseau alumni. Ayant lui-même été un étudiant international, il mesure les défis liés à l’adaptation académique, culturelle et sociale.
Son message aux étudiants internationaux
Aborder l’expérience universitaire avec ouverture, curiosité et discipline. Il faut être prêt à s’adapter : aux cours en français, au rythme universitaire, au travail personnel important et aux différences culturelles. Etre engagé et proactif.
Exploiter les ressources académiques disponibles - bibliothèques, laboratoires, échanges avec les enseignants - et ne pas hésiter à demander conseil ou soutien.
L’Université de Lille offre un environnement stimulant et humain, où l’on peut bâtir un parcours solide. Enfin, il faut garder l’esprit ouvert à la découverte : la ville, la culture, les rencontres. Cette expérience, si elle est vécue avec sérieux et enthousiasme, peut véritablement transformer une carrière !
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